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Qu’ils fassent leur service sains et saufs et qu’ils soient prudents [Novembre 20, 2006] Les chaleurs du mois d'août avaient asséché l'herbe. La température extérieure était de 40 degrés Celsius, mais il faisait plus frais dans les abris. Les postes ennemis sont à quelques centaines de mètres. Des appelés âgés de 18 et 19 ans accomplissaient leur service à la base militaire du Hadrut près de la frontière sud du Karabagh. La relève était prévue ce jour-là – on avait prévu un nouveau groupe de soldats pour remplacer ceux qui accomplissaient leur devoir sur le terrain. Quant à lui, Levon Avetisyan était encore à son poste, mais devait bientôt être remplacé. Nous avons parlé avec Levon à son poste, sans savoir que son anniversaire tombait ce jour-là. C'est seulement plus tard que nous avons appris que le commandant du poste nous avait adressés à Levon, l'un de ses meilleurs soldats, pour cette raison. En retournant à la base, nous avons découvert que la famille de Levon Avetisyan était venue le voir et l'avait emmené à l'extérieur. Les soldats doit se trouver à leur poste pendant deux heures, après quoi ils sont relevés par d'autres qui restent dans les abris. Mavrik (Mavo) Ohanyan, notre guide, qui représente le chef de division, nous précise : «Une relève toutes les deux heures rend plus vigilants nos gardes-frontières.» Mavo a combattu pendant la guerre sous les ordres du héros du Karabagh, Monte Melkonyan. En désignant les soldats, il nous précise : «Notre armée est vraiment la plus forte dans cette région. Nous savons dans quelle condition se trouvent nos ennemis. Nous pouvons observer leur équipement, comment se passent les relèves, et leur niveau de préparation – à chaque étape. La différence est énorme. Chaque pays serait fier d'avoir des gars comme les nôtres.»
Les soldats retournent habituellement à la base après avoir été relevés de leur poste. Leur service est organisé pour reprendre après sept jours. La base du Hadrut est considérée comme la meilleure de l'armée du Karabagh. Elle comporte un groupe d'officiers du renseignement, que l'on a souhaité nous présenter très rapidement. Ces soldats ont servi pendant deux mois et demi et ont été recrutés dans différentes régions du Karabagh. Les exercices qu'ils ont effectués font partie de l'entraînement de tous les soldats, mais seuls les meilleurs ont été choisis pour ce peloton de douze hommes.
Ils sont passés maîtres dans le combat au corps-à-corps et ont aussi d'autres compétences. Ils ont été entraînés par le commandant du peloton Haïk Karapetyan: «Tous nos soldats apprennent le combat au corps-à-corps, mais le programme d'entraînement qui concerne nos officiers du renseignement est plus intensif. Les compétences que nous leur transmettons ne sont pas compliquées – elles ne sont pas très ardues – et l'activité physique que nous exigeons d'eux n'est pas non plus très rude ; chacun en est capable. Mais nous choisissons nos officiers du renseignement parmi les soldats aguerris et athlétiques.» Après trois mois et demi supplémentaires d'entraînement, ce peloton constituera un groupe d'officiers professionnels du renseignement et, selon leur officier, ils seront capables d'exécuter n'importe quelle mission, y compris de conduire diverses opérations à l'arrière de l'ennemi. Les parents de Levon avaient dressé une table un peu plus loin, sous les arbres, et fêtaient les dix-neuf ans de leur fils. Son père nous confia qu'au matin, la mère de Levon s'était réveillée en lui racontant son rêve, dans lequel Levon avait l'air triste. Alors ils se sont décidés à lui offrir une visite de la famille. M. Armen Avetisyan, le père de Levon, nous confie: «Sa mère a fait un rêve ; c'est mon second fils. Il a été engagé cet automne, et aujourd'hui c'est son anniversaire. C'est l'anniversaire de mon garçon – il est né à 9h 30 – alors on a décidé de réunir toute la famille, de voir notre garçon et de fêter son anniversaire. Je l'ai vu aussi à la cérémonie de sa prise de serment – beaucoup de choses ont changé depuis. Avant il n'écrivait pas ; maintenant il écrit tellement. J'ai gardé toutes ses lettres. Les deux premiers mois il n'écrivait pas. Dans chacune de ses lettres que nous ouvrons il nous écrit qu'on lui manque beaucoup. Il me donne même des conseils – «Papa, ne travaille pas tant» - nous vivons dans un village et nous avons beaucoup de travail. Mon garçon m'a même demandé de moins fumer. Il avait l'habitude de fumer au village, mais là il ne fume pas.»
Levon a deux frères. L'aîné, Hrach, a déjà servi dans l'armée et étudie maintenant à l'université Acharyan d'Erevan. Le plus jeune, Benyamin, sera engagé au printemps prochain. Nous interrogeons Levon à propos de son service militaire. Il nous dit que les premiers jours l'ont beaucoup impressionné : «Les tout premiers jours étaient très difficiles – on nous réveillait très tôt et on travaillait très dur. Il fallait se lever à 5 h et demie du matin, faire nos exercices physiques, courir sur trois kilomètres, faire des pompes et des exercices à la barre. Petit à petit on s'est habitués. Maintenant ce n'est pas aussi difficile, on est habitués.» Levon a oublié ces difficultés et s'est habitué à se lever tôt et aux exercices. Il préfère le service sur le terrain que de rester à la base, précisant avec le sourire : «C'est mieux là-bas dehors que d'être maintenant à la base. Tu passes deux heures au poste et puis tu reviens et tu te reposes pendant deux heures. C'est mieux d'être à son poste – on n'a pas à faire d'exercices le matin et on mange quand on veut.» Quand je lui demande si les hostilités peuvent reprendre, Levon me répond tout de suite : «Que Dieu empêche que la guerre soit déclarée… mais si elle reprend, nous sommes prêts à combattre.» Je lui demande à la fin quels conseils donner aux engagés et à son frère Benyamin – qui attend sa convocation pour l'armée dans quelques mois. Il me répond : «Qu'ils fassent leur service sains et saufs et qu'ils soient prudents, c'est le plus important.» Edik Baghdassaryan |
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