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"On croyait que ce serait mieux dans notre patrie"

[Octobre 9, 2006]

Selon les informations du ministère arménien des Affaires étrangères, suite à la guerre du Liban, 774 citoyens de ce pays sont venus se réfugier en Arménie au cours des deux mois de l'été. La plupart sont d'origine arménienne. Certains sont déjà retournés chez eux, les autres demeurent dans l'expectative.

«Je n'ai pas encore décidé ce que je vais faire. Je travaillais dans la joaillerie au Liban mais il n'y a plus de travail là-bas. La guerre a tout bouleversé », nous confie Abraham Chaparyan, Libanais arménien. Sa famille est arrivée en Arménie le 3 août 2006. L'Agence pour les migrants leur a délivré des cartes de résidents et leur a offert un logement d'accueil pour trois mois. Actuellement Abraham, sa femme et leurs deux enfants (âgés de cinq et neuf ans)vivent dans une seule pièce de l'immeuble n° 1 dans le quartier Nork [Erevan].

Il nous précise : «Je suis allé à l'hôpital au Liban pour un traitement du dos, mais le lendemain la guerre a éclaté et j'ai dû quitter l'hôpital afin de libérer ma chambre pour les blessés. Mon plus jeune fils est malade du cœur ; il était terrifié par le bruit. Nous avons donc dû rassembler au plus vite tout ce que nous pouvions emporter et nous sommes partis pour l'Arménie via Alep.» Abraham n'a encore reçu aucun traitement médical en Arménie. L'Agence pour les migrants lui a proposé de consulter auprès de la Croix-Rouge.

La famille Guyumjyan, voisine des Chaparyan et qui a vécu au Liban pendant quinze ans avant de venir en Arménie, se trouve dans la même incertitude.

Anahit Guyumjyan reconnaît : « J'aimerais rester ici mais je dois trouver du travail. Je suis comptable de formation, mais je n'ai pas travaillé dans ce domaine depuis plusieurs années. Les méthodes de comptabilité ont maintenant tellement changé que je ne suis plus sûre de pouvoir retravailler.»

Au Liban le mari d'Anahid était employé comme maçon. Ils possédaient une maison et une voiture. Maintenant ils sont surtout inquiets pour leur maison qui est peut-être occupée par des réfugiés qu'ils ne pourront pas expulser : « En ce moment on ne sait pas quoi décider. On a épuisé nos économies et on ne peut pas trouver de travail.»

Les logements d'accueil accordés aux Arméniens du Liban consistent en une pièce unique, qui sert de séjour, chambre et toilettes. La cuisine et la salle de bains sont collectives. Ils bénéficient d'une indemnité de 13 000 drams par mois, qui ne tient pas compte du nombre de personnes par foyer.

Lorsqu'on leur demande pourquoi ils sont venus en Arménie et pas ailleurs, ils déclarent : « On croyait que ce serait mieux dans notre patrie.»

Selon l'Agence pour les migrants seuls 301 personnes, parmi celles qui sont venus en Arménie durant le conflit libano-israélien, ont sollicité le statut de résident – dont 51 Israéliens et 250 Libanais (230 arméniens, 15 arabes ou assyriens). On ignore combien sont déjà partis, car bien souvent personne n'est informé de leur départ à ce moment-là.

Ruzan Petrosyan, chef du service des demandeurs d'asile à l'Agence pour les migrants, nous explique : « Ils nous disent qu'à cette période ils voulaient partir seulement en Arménie. Chacun d'eux espère que tout ça finira et qu'ils reviendront chez eux. C'est ce que nous leur souhaiterions bien sûr, car ils n'ont pas tous la possibilité de s'adapter ici. Pour ceux qui sont nés au Liban, tout leur est étranger ici. Les Arméniens qui se sont installés ici ont pris leurs habitudes avec nous, mais veulent revenir au pays, et cela ne nous étonne pas.»

Anahit Guyumjyan, Arménienne libanaise, précise que les siens n'ont pas eu d'autre choix que de venir en Arménie. Les autres destinations leur étaient fermées. Seuls les Libanais d'origine pouvaient partir aux Etats-Unis, au Canada et en Europe.

«Pour je ne sais quelle raison ces gens considèrent l'Arménie comme un pays de transit. Un Libanais se trouvait ici, il venait d'arriver spécialement pour ensuite partir aux Pays-Bas. D'après lui, y aller depuis son pays était plus difficile et coûtait plus cher. J'ignore cependant comment ils ont décidé que ce serait plus facile ou moins cher d'ici», nous précise Ruzan Petrosyan.

La majorité des arrivants s'établissent chez des proches ou chez des amis. Certains ont loué des appartements, et trois familles résident dans l'immeuble. Selon Ruzan Petrosyan, ils risquent de rester là pour toujours: « S'ils décident de rester, ils doivent être conscients que cet immeuble leur est accordé pour trois mois et qu'ils devront trouver ensuite des appartements.»

Les personnes qui viennent d'un pays où leur vie est en danger bénéficient du droit d'asile pendant un an. Si le conflit perdure dans le pays concerné, cette période peut être allongée. Cependant, quelles que soient les circonstances particulières, le logement d'accueil n'est valable que pour trois mois. Si les conditions de vie du pays d'origine restent les mêmes, les autorités peuvent étendre la validité de la carte de résident jusqu'à un an.

Il existe aussi un statut spécial de résident valable dix ans. Il est accordé aux citoyens d'origine arménienne des pays étrangers désireux de s'installer en Arménie pour une longue période. Ils reçoivent un passeport oblitéré indiquant leur statut spécial. La délivrance de ce document coûte 300$.

Selon l'Agence pour les migrants, au cours des dernières années, le nombre de demandeurs d'asile en Arménie a fortement augmenté. La première vague se forma pendant la guerre en Irak. 399 citoyens irakiens sont venus en Arménie entre 2000 et 2006 ; eux aussi sont pour la plupart arméniens.

Lena Nazaryan
Traduit de l'anglais par Georges Festa
www.yevrobatsi.org