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Voilà pourquoi le village ne vit pas

[October 9, 2006]

Arakiule est un des vieux villages du Karabakh. Après la guerre d'Artsakh, suite aux actions des soldats russes et azéris il a été complètement dévasté. Il n'est rien resté de l'ancien village. L'unique mémoire conservé est l'église construite au siècle précédent que les azéris n'ont pas réussi à anéantir.

L'habitant plus âgé du village Ervande Gharhramian a raconté en 5 volumes tout l'exode. Un volume est entièrement consacré à Arakiule comme il précise, pour que ce livre reste dans la bibliothèque du village et toute personne qui vient, le lise et sache.

Selon lui, le village avait 274 habitants, après la libération il n'en y a que 112 qui sont rentrés. “Actuellement ils sont au Canada, aux Etats-Unis, il y en d'autres en Russie et à Erevan”.

La réhabilitation d'Arakiule comme le dilemme de la poule te de l'œuf, le village s'est réhabilité lentement, car les habitants ne se pressaient pas revenir, par contre ils ne se pressaient pas, car le village se réhabilite lentement. Ervande y est revenu avec sa fille et son petit-fils en 1996. 4 ans ils ont vécu dans une maison temporaire jusqu'à ce que l'organisation “France-Karabakh”, grâce à l'assistance des Arméniens de Lyon a construit des maisons et ils lui en a donné une.

“Maintenant personne ne rentra plus je crois” dit-t-il. Il trouve que ceux qui sont partis (après le cessez-le-feu de 12 ans) ne pouvaient attendre longtemps. Les uns ont construit des maisons ou en acheté, les autres ont trouvé du travail, leurs enfants font leurs études. “Il est difficile de se déplacer chaque fois, ils ne reviendront plus”.

Pour Ervande, Arakiule est une histoire finie dont la dernière page est le khatchkar qu'il a sculpté à l'honneur de la renaissance de son village. Il l'a écrit sur le khatchkar, par contre l'avenir de son village, il ne le sent pas. “Le village n'a pas peut être de l'avenir, pas de jeunes gens, pas de mariages. Tous sont comme moi, qu'est ce qu'ils feront, les personnes âgées”.

En tout cas, nous sommes arrivés à y trouver des jeunes gens. Roubène Babayan de 33 ans n'a jamais quitté le Karabakh. Il est resté et jusqu'en 1995, a fait son service militaire. “J'étais sur le front, tous ont construit leurs maisons, la mienne est resté inachevée” dit Roubène, futur papa.

Outre les problèmes caractéristiques à tout village de la région, ce village a en plus le problème de logements. En fait, les azéris ont anéanti le vieux Arakiule, et depuis 93 on en construit un nouveau. L'extérieur de sa maison est normal, cependant au lieu de fenêtres il a des cellophanes. “Comme ça il est trop facile d'attraper une maladie, nous sommes malades tout au long de l'année”. Il ne sait comment il fera avec leur nouveau-né.

Nous entrons. Pas de parquets dans une des chambres, l'autre est en bois. “J'y suis resté en attente de construire ma maison, si je n'arrive pas, je m'en irai peut-être”.

Ou? je lui pose la question. Il ne répond pas, je suppose qu'il compte l'argent qu'il lui faut pour s'en aller et qu'il n'a pas et qu'il n'aura jamais.

Son père aussi Arguenia Babayan n'a pas quitté le Karabakh. “Mon fils et moi, nous sommes ici dès le début et jusqu'à la fin de la guerre” dit Arguenia, un père âgé de 70 ans. Nous avons souffert pour notre terre. Malgré ce passé héroïque, il n'a rien à reprocher à son fils de sa décision de s'en aller. “Ils attendent leur bébé, ou doit-on l'élever. Voilà pourquoi le village ne vit pas”.

Tigrane Paskévitchian