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Les médiateurs n'attendent aucune avancée

[Octobre 23, 2006]

Les Ministres des Affaires Etrangères d'Arménie et d'Azerbaïdjan se sont rencontrés le 6 octobre 2006 sous les auspices de la co-présidence du Groupe Minsk de l'OSCE. Pendant les consultations au Ministère des Affaires Etrangères russe, Vartan Oskanian et Elmar Mammadyarov ont discuté des problèmes existant au sein du processus de négociation à propos du Karabagh ainsi que des idées présentées par les co-présidents sur la manière de surmonter les actuels désaccords.

Oskanian a apprécié ces consultations de façon positive, en insistant sur le fait que Erevan considérera sérieusement les dossiers mis en lumière par les co-présidents avant la prochaine rencontre des Ministères des Affaires Étrangères qui se tiendra les 24 et 25 octobre à Paris. Le Ministre Arménien des Affaires Etrangères à déclaré à RFE /RL que lui et son homologue Azéri sont tombés d'accord pour se rencontrer plus tard à la fin du mois pour présenter les réponses de leur gouvernement aux "nouvelles pensées" énoncées par les médiateurs internationaux pendants les discussions.

Aucun accord n'a été trouvé lors de la dernière rencontre entre les Présidents Robert Kocharyan et Ilham Aliyev. "Une rencontre entre les Présidents devrait avoir lieu seulement s'il y a un progrès sur le contenu du plan de paix actuel des médiateurs au niveau ministériel. Ainsi, nous devrions attendre la prochaine rencontre entre les Ministres des Affaires Étrangères pour voir si une rencontre entre les Présidents mérite de se tenir" nous a dit Oskanian.

Le Ministre des Affaires Étrangères Azéri a considéré la rencontre Oskanian-Mammadyarov avec un "optimisme prudent" en déclarant que les Ministres des Affaires Étrangères et les co-présidents du groupe Minsk ont eu des discussions profondes. "Tous les sujets à la table des négociations ainsi que les "nouvelles approches" ont été au centre des discussions" a déclaré le porte-parole du Ministre des Affaires Étrangères, Tayir Taghizade aux reporters Azéris.

Début octobre, les médiateurs ont visité Baku et Erevan. Yuri Merzlyakov (Russie), Matthew Bryza (USA) et Bernard Fassier (France) avaient prévu de visiter Stepanakert aussi, mais les mauvaises conditions météorologiques ont obligé à une journée et demi d'inactivité dans la Capitale Erevan. C'était au moment où il était possible de visiter Stepanakert et de revenir. Selon toute probabilité, les co-présidents ont considéré qu'une rencontre avec les leaders du Nagorno Karabagh n'avait pas de sens, en prenant en compte l'impasse où se trouvent actuellement les négociations.

En parlant lors d'une conférence de presse groupée à Erevan, les médiateurs n'ont pas caché leur déception. "Quelquefois on nous demande si nous sommes plutôt optimistes ou pessimistes. Nous ne répondons pas à cette question car nous sommes sûrs que même s'il existe 1% de probabilité d'un règlement pacifique du conflit, alors cela mérite d'être tenté" a déclaré Bernard Fassier.

Le médiateur français a rappelé à ceux qui étaient présents que les principes directeurs du règlement du problème du Karabakh ont été approuvés non seulement par Moscou, Paris et Washington, mais soutenus aussi par les leaders des États membres du G8. "Mais il s'avère que ça n'a pas été suffisant. Si les deux présidents sont incapables d'arriver à un accord, les soutiens extérieurs – même les plus solides – n'apporteront pas de solution".

Matthew Bryza a insisté sur le fait que le processus de négociation n'était pas dans sa phase finale, qu'il n'y avait pas eu de règlement militaire du conflit du Karabagh, et que les peuples arménien et azéri ne sont pas encore prêts pour un règlement définitif. "Nous ne disons pas que nous sommes au bord d'une grande avancée ou que les problèmes les plus difficiles le sont moins, mais nous sentons une volonté des deux parties de réfléchir plus profondément et de rechercher un moyen d'avancer. Le seul facteur qui empêche le processus d'avancer est l'absence de confiance mutuelle entre les parties en conflit" a déclaré le médiateur américain.

Le co-président russe a été plus réservé que ses collègues et a ajouté que la visite avait pour but de restaurer des contacts directs entre Baku et Erevan de façon à continuer les discussions sur les principes directeurs du règlement du problème du Karabagh présenté aux parties au printemps dernier. "Les médiateurs ont présenté un amendement à l'un des principes directeurs du règlement proposé par les parties en mai dernier, " a déclaré Yuri Merzlyakov, et a refusé d'expliquer ce qui avait été amendé en citant le principe de la confidentialité du processus de négociation.

Néanmoins, il est désormais clair, selon les déclarations des médiateurs, que des amendements ont eu lieu dans le document de deux pages et demi sur les principes directeurs du règlement présenté aux parties le 13 avril 2006. Le document, intitulé "de la nourriture pour la pensée" qui est constitué de 4 grands principes et qui fut, dans son fondement, déclassé pendant la session du 22 juin du conseil permanent de l'OSCE à Vienne, était, selon toute probabilité inacceptable côté azéri ; le côté arménien n'était pas enchanté non plus.

Vartan Oskanyan a déclaré à plusieurs occasions que ce n'était pas un document idéal, mais au vu des circonstances actuelles, avec de sérieuses réserves et en tant que base pour les négociations cela était acceptable pour Erevan. Le Ministre Arménien des Affaires Étrangères a déclaré que si les Azéris acceptaient le document, il pourrait être nécessaire de persuader le peuple arménien qu'il serait possible de régler le conflit du Karabagh seulement sur la base des principes proposés. Lors d'une récente conférence de presse, Oskanian est allé plus loin, en qualifiant le document proposé par les médiateurs de "moins pire que la peste ou le choléra".

Mais il y a deux points qui restent flous. Lequel est le "moins pire des deux" – le document du 13 avril ou celui présenté en mai dernier, où, selon Merzlyakov "l'un des principes essentiels avait été amendé" ? Cela est très important, car un amendement sur un principe essentiel peut complètement changer le sens, l'esprit et la philosophie d'un possible accord. Selon nos sources proches du Ministère des Affaires Etrangères, l'Azerbaïdjan considère l'idée d'un "référendum repoussé" peut-être acceptable dans le principe à la condition de rendre la région de Kelbadjar avant le référendum auquel l'Arménie est opposée, et ce fut l'une des raisons de l'impasse atteinte pendant les échanges de Rambouillet.

Pour rendre cela plus clair, Erevan devrait être d'accord pour abandonner Kelbadjar seulement après que se sera tenu le référendum au Nagorno Karabakh dans X années. Mais le Président Arménien, le 17 septembre, interviewé par la chaîne Al jazeera a parlé, en plus du Nagorno Karabagh qui ne peut pas faire partie de l'Azerbaïdjan, d'un "étroit corridor de Lachin" "Nous avons déclaré à plusieurs occasions que nous sommes prêts à négocier les conditions du retour des territoires à l'Azerbaïdjan, à l'exception de l'étroit corridor de Lachin, qui connecte l'Arménie avec le Nagorno Karabakh", a déclaré Robert Kocharyan.

Oskanian, comme nous l'avons signalé plus tôt, a insisté plusieurs fois sur le fait que l'Arménie avait accepté les propositions des médiateurs, mais, d'un autre côté, il a refusé de rencontrer Mammadyarov à New-York. Si la raison est l'intégration par l'Azerbaïdjan des sujets intitulés "La situation dans les territoires occupés de l'Azerbaïdjan", et "la continuation du conflit dans la zone du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, République de Moldavie)" et de l'implication de ces pays pour une paix, une sécurité et un développement internationaux dans les projets de L'Assemblée Générale des Nations-unies, alors, les succès diplomatiques dans les deux cas n'étaient pas du côté arménien.

Récemment, une mission de L'OSCE, chargée de comprendre les faits, a surveillé la situation dans les territoires adjacents au Nagorno Karabagh et prépare un rapport sur ses conclusions. Il ne peut pas être établi que la 61ème session de l'Assemblée Générale de l'ONU puisse discuter du dossier des "conflits prolongés", cependant, Erevan s'oppose à une telle discussion.

Ni les co-présidents, ni les parties en conflit, pas plus que les forces politiques influentes en Arménie n'espèrent une sortie de l'impasse dans le processus de négociation avant longtemps. En même temps, si l'opposition reproche aux Présidents d'Arménie et d'Azerbaïdjan de façon égale de ne pas montrer d'intérêt à résoudre le conflit, les parties qui composent la coalition gouvernementale critiquent plus la position non constructive de l'Azerbaïdjan.

Si par le passé le Président Azéri a menacé l'Arménie et le Nagorno Karabagh d'une guerre en citant l'accroissement important du budget militaire de son pays, dans son dernier discours public, il a définitivement changé d'attitude. Dans son discours à l'ouverture de la dernière session du parlement, Ilham Aliyev a insisté sur le fait que selon l'état prévisionnel du budget pour 2007, les dépenses de défense de l'Azerbaïdjan augmenteront de 18%, et s'élèveront à 900 millions de dollars. Cependant, Aliyev a aussi "apaisé" les Arméniens en déclarant que l'augmentation des dépenses militaires ne doivent effrayer personne".

"C'est notre droit souverain. D'autre part, l'augmentation planifiée du budget militaire ne peut pas mener à elle seule à la guerre. Nous devons garantir notre sécurité et être prêt face à toute évolution" a-t-il dit.

Stepanakert est aussi convaincu que Baku n'est pas prêt pour un règlement. "J'ai l'impression que Baku ne veut pas régler le conflit. L'Azerbaïdjan espère que le temps travaille en sa faveur et il nourrit l'illusion que grâce à son pétrole, le pays deviendra riche, renforcera son armée, et annihilera le Nagorno Karabagh. C'est la raison pour laquelle l'Azerbaïdjan ne veut pas participer activement au processus de négociation. C'est le problème, car un règlement est toujours un risque – il est impossible d'obtenir 100% de ce dont on rêve. Le pouvoir n'est pas prêt à prendre des risques" a déclaré le Président Arkady Ghukasyan lors d'une interview au journal El Paìs.

En fait, le Président du Nagorno Karabagh a trouvé les modalités des négociations sans aucun sens – les contacts directs entre Erevan et Baku – que les médiateurs essaient de restaurer de manière insensée. "Il n'y a eu aucune compréhension non ambiguë de ce que le conflit est dans son entier. C'est une question d'auto-détermination, c'est un conflit entre les peuples du Nagorno Karabakh et le gouvernement Azéri, ou c'est un conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ? En d'autres termes, nous voyons une tentative évidente de traiter le mal sans avoir fait de diagnostic. C'est une situation insensée" a déclaré Ghukasyan.

Tatul Hakobyan
Traduction Didier Torossian
www.yevrobatsi.org