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Que Hadrout soit toujours beau

[Octobre 23, 2006]

Larissa Sarkissian habite Hadrout. Plus de 40 ans elle a travaillé dans l'ensemble d'Etat de danse et de chant du Karabakh. Soliste, elle était l'une des fondateurs de l'ensemble.

En 1957, une fois l'ensemble de chant et de danse créé, on a trouvé les jeunes talentueux de différentes régions du Karabakh. “On m'a invitée, car on me connaissait déjà, dit-elle, on me connaissait des festivals, des olympiades auxquelles j'avais participé”. De tous les participants on sélectionnait 22 personnes, mais comme dit Madame Larissa, il est difficile de choisir les meilleurs parmi les meilleurs”.

Elle se souvient de sa première rencontre avec la célèbre chanteuse, originaire du Karabakh Arev Baghdassarian. Après la création de l'ensemble celle-ci s'était rendue à Stepanakert pour faire un workshop comme on dit. “Elle m'a dit : quel que soit le concert chante toujours “Nakhshoun Badji” car c'est le symbole du Karabakh”.


Son répertoire était divers, mais à partir de 1958 lors de tous ces concerts elle a interprété “Nakhshoun Badji”. Une histoire émouvante d'une belle femme qui, suivant le troupeau, participe par hasard à une soirée. Voilà comme ça par hasard la vie de Larissa a changé, quand la guerre a éclaté. La famille s'est cachée dans une cave à Stepanakert, son fils de 16 ans est allé au front et cinq après il est rentré saint et sauf. Tout a changé, mais le talent de chanter est rester le même.

“Nous vivions dans la cave, se souvient-elle, on nous a dit un jour qu'il faut aller chanter pour les soldats. Nous y sommes allés. Chemin faisant, on voyait des villages dévastés, des voitures écrasées. Mon cœur s'écoeurait, je ne savais que faire, mais les soldats avaient besoin de mon chant”. Elle dit que la télévision d'Etat de Karabakh a conservé quelques cadres de ces concerts ou l'on la voit encourager les combattants pour la Patrie.

Ce chant encourageait non seulement les soldats mais elle s'encourageait elle-même.

“Avant nous étions habitués à chanter et à danser sur les scènes, à être appréciés et applaudis de spectateurs. Mais quand j'ai été chez les soldats, j'ai réalisé qu'en moi, je vains le peur” dit Larissa Sarkissian.

Après ce concert je suis revenue à Stepanakert et j'ai pris la décision de ne plus rester dans la cave. “En y allant j'avais peur, mais j'ai senti que j'ai fait quelque chose pour ma patrie. Jusqu'à ce moment je n'avais rien fait. Ce jour-ci j'ai senti. Après, j'ai quitté la cave, j'ai habité ma maison et chaque jour le groupe de soldats venait chez moi”.

La guerre finie, l'Administration l'invite à travailler dans la maison de culture de Hadrout, elle accepte. “On m'a invitée et je suis venue avec un grand plaisir, car c'est ma patrie. C'est vrai, qu'ici il est un peu dur pour moi, mais sur la scène j'oublie toutes les difficultés” dit-elle.

Les difficultés, il y en a beaucoup en Hadtrout, mais à son avis le plus dur c'est le manque de l'eau. “Nous avons de l'eau un jour sur trois, nous en ramassons pour trois jours sans eau”.

Elle pense que tous ces obstacles sont temporaires, car un peuple survécu de guerre, ne peut se courber devant les problèmes de la vie quotidienne. “Nous avons l'Arménie, un peuple dispersé partout dans le monde. Ensemble nous devons faire tout possible pour que Hadrout soit toujours beau et fleurissant”.

Tigrane Paskévitchian