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Un site préhistorique au Karabagh

[Octobre 9, 2006]

Dans les années 1970, des scientifiques de l'Azerbaïdjan annoncèrent au monde avoir découvert dans le village d'Azikh, situé dans la région de Fizuli, le site d'une implantation humaine préhistorique et les ossements d'un homme de cette époque. Les vestiges et ossements découverts furent envoyés à Bakou pour y être conservés dans un musée jusqu'à ce jour. En réalité ces rapports se référaient au village d'Azokh dans la région montagneuse de Hadrut au Karabagh. Ces scientifiques de l'Azerbaïdjan se sont servi d'explosifs au cours de leurs fouilles et l'entrée de la grotte porte toujours les marques de ces explosions. Azokh est apparu à plusieurs reprises dans l'histoire de l'Arménie. Lors des nombreuses guerres c'est dans cette grotte que vinrent se réfugier les habitants des villages voisins. De génération en génération on s'est transmis oralement les récits au sujet de cette grotte. Aujourd'hui encore les plus anciens au village racontent les histoires entendues de leurs grands-parents.

Depuis cinq ans maintenant, des fouilles ont été entreprises dans cette grotte d'Azokh par une équipe internationale, dirigée par la Britannique Tanya King-Hovsepyan, et qui y travaille un mois chaque été.

Tanya King-Hovsepyan précise : «Ce site est très important pour le Caucase – pour son archéologie et son anthropologie. Nous espérons y découvrir des ossements d'homme préhistorique, car nous avons déjà découvert des traces de son existence, des outils et d'autres preuves.»

Au cours de ces cinq années les scientifiques ont découvert de nombreux vestiges, qui prouvent que l'homme de Néanderthal vivait ordinairement dans cette grotte. Le groupe des Arméniens de cette équipe est dirigé par Levon Yepiskoposyan, anthropologue et docteur ès-sciences: «Le grand nombre de vestiges découverts nous prouvent que les Néanderthaliens avaient l'habitude de vivre ici. Ces vestiges sont étagés du plus petit au plus grand – une représentation haute de cinq mètres d'un ours qui vivait dans cette grotte, représentation, imaginez un peu, vieille de 250 000 ans…»

Le groupe d'archéologues comprend des scientifiques de renom venus de Grande-Bretagne, d'Irlande, d'Espagne, mais aussi des étudiants d'Arménie et du Karabagh. Lors de notre visite il y avait beaucoup d'activité à l'intérieur comme à l'extérieur de la grotte. Les uns creusaient, les autres enlevaient la terre, un troisième groupe prenait des mesures et un quatrième effectuait des recherches en laboratoire à Azokh.

Patricio Dominguez, scientifique espagnol, nous explique : «Lorsque les hommes quittèrent l'Afrique et arrivèrent au Caucase, ils se séparèrent en deux directions: les uns se dirigèrent vers l'Europe et les autres vers l'Asie. Au Caucase ce site est très important car il nous permet de comprendre cette période. En étudiant cette grotte d'Azokh nous pouvons rassembler des informations sur une période qui demeure encore largement méconnue.»

Deux étudiants du département d'Histoire à l'université d'Etat de l'Artsakh font aussi partie du groupe. Lena Asryan précise: «C'est ma quatrième année dans ce programme d'études et dans ces fouilles archéologiques. C'est vraiment une belle expérience et une occasion exceptionnelle pour apprendre.» Lena a décidé de continuer ses études – sa recherche porte sur les outils en pierre et elle envisage d'en faire sa spécialité.

Tous les outils et ossements, dégagés de la grotte, sont emballés. Après un examen préliminaire, on nettoie le sable dans l'eau de la rivière et les vestiges sont envoyés au laboratoire. Patricio Dominguez nous précise que «toutes les informations recueillies sur ces vestiges sont informatisées pour créer une base de données». Les objets découverts sont envoyés à Londres pour y être étudiés et traités afin de ne plus subir d'altérations. Ils reviennent ensuite au Karabagh et sont remis au musée de Stepanakert.

Environ une vingtaine de jeunes gens venus d'Azokh participent aussi à ces fouilles. Tanya King-Hovsepyan souligne le fait : «Au cours de ces cinq années nous avons tissé beaucoup de liens d'amitié au village et les habitants nous soutiennent. Parmi eux beaucoup travaillent avec nous pour nous aider et participer aux fouilles.»

Les scientifiques sont persuadés que la grotte d'Azokh sera pleinement reconnue par la science. Non sans émotion Lévon Yepiskoposyan le soutient : «Azokh est la seule grotte où nous pouvons apprendre l'histoire de l'humanité depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours. Pour vous donner une image on peut la comparer à un grand livre dont on a du mal à ouvrir les pages. Ces pages sont difficiles à lire, et cela vous demande des connaissances et de vraies compétences. Mais cela vous permet finalement de découvrir et de comprendre une histoire qui traverse des centaines de milliers d'années.»

Le reste de l'année les membres de l'équipe recherchent des soutiens afin de pouvoir revenir dans ce site l'été suivant. Ils rencontrent parfois des difficultés car ces fouilles se situent dans un pays qui n'est pas reconnu dans le reste du monde, le Karabagh. D'autre part il y a le fait que les Azerbaïdjanais protestent périodiquement car ces fouilles sont menées sans l'autorisation de Bakou.

Interrogés sur la durée de ces fouilles, le responsable du groupe arménien nous répond : «Il vaudrait mieux se demander combien de générations vont venir travailler ici ? – Beaucoup.» C'est avec une réelle excitation que l'équipe attend le jour où ils feront leur plus grande découverte : les ossements d'un homme préhistorique.

Pour Levon Yepiskoposyan, «ce sera une telle découverte qu'elle attirera sur nous l'attention du monde entier, et pas seulement des spécialistes.» Les chercheurs sont convaincus que cela aidera aussi à développer le tourisme scientifique. Ce sont eux qui ont conçu le projet de construire un musée à Azokh. Les gens viendraient de tout le Karabagh y contempler la demeure d'un homme de la préhistoire et toutes les pages de l'histoire humaine que résume la grotte d'Azokh.

Tigrane Baghdasaryan (étudiant en 4e année – Académie européenne de région)
Traduction Georges Festa
www.yevrobatsi.org