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Arménie païenne: la renaissance des Dieux [Octobre 30, 2006] Il y a dix-neuf ans, l'historien Hayk Hakobyan ne réalisait pas qu'il se trouvait au-dessus d'un complexe entier de temples païens. En 1987 il parvint avec son groupe d'archéologues au village de Hoghmik dans la région d'Amasia afin d'étudier la zone de construction du futur lac-réservoir de Kaps: «Nous avons découvert le complexe de Hoghmik par hasard. Je me rappelle qu'il pleuvait ce jour-là et qu'il faisait très froid. Nous avons commencé à travailler et après trois heures environ, une plate-forme longue de 13 mètres et large d'un demi-mètre, comportant des ossements d'animaux sacrifiés, a été révélée. Nous avons alors décidé de rester.» Le palais d'été des dieux d'ArméniePrès du village de Hoghmik, distant d'à peine quatre kilomètres d'Amasia, les archéologues ont découvert un complexe de temples païens. Ils ont effectué des fouilles entre 1987 et 1993, pendant de courtes périodes cependant. Suite à des problèmes financiers, leur groupe n'a pu continuer à travailler jusqu'à cette année. Dans l'intervalle, ils ont tous gardé le silence sur l'existence de ce complexe. Un vingtième seulement de la superficie du complexe a été étudié à ce jour. C'est avec inquiétude que M. Hakobyan évoque les générations qui seront nécessaires pour mettre à jour entièrement ce complexe. Ce travail est très onéreux – procéder à des fouilles un seul mois par an ne coûte pas moins d'un million de drams (soit environ 2 500 $). Cette année cependant, la récompense d'un mois de travail a été la découverte du temple de la déesse Anahid. A l'époque ourartéenne comme aux temps du paganisme les temples dédiés aux divinités majeures étaient construits sous la forme de complexes. Selon Hayk Hakokyan, le site de Hoghmik comprend des temples de tous les principaux dieux païens: Aramazd, Vahagn, Anahid, Astghik, Mihr, Barsham et Nane. Ce complexe fut édifié avant Jésus-Christ, durant le règne d'Artaxès II. M. Hakobyan nous précise: “J'ai la certitude qu'il s'agit d'un ensemble complet de temples païens. Cet ensemble s'étend sur une centaine de mètres de chaque côté d'une avenue longue de 80 mètres. Les temples ont été construits de chaque côté de l'avenue. Les vestibules consacrés aux trois divinités païennes majeures – Aramazd, Anahid et Mihr - constituent l'axe de cet ensemble.” Un petit disque en pierre comportant l'inscription grecque suivante: “Quatre chevaux ont été sacrifiés à Mihr” a aussi été découvert dans l'un de ces vestibules. Des crânes et des squelettes entiers de chevaux ont été aussi trouvés dans presque chaque salle. Il y avait aussi des sacrifices d'enfants à Hoghmik
La cinquantaine de structures actuellement mises à jour à l'intérieur de cet ensemble païen nous donne une bonne représentation de la réalité d'un temple à cette époque. Lors des fouilles furent découverts de nombreuses pièces de poterie en terre cuite et d'autres objets qui se trouvent maintenant au musée archéologique de Shirak. Des objets en argile, des chandeliers en fer et une statuette en bronze de Mihr ont été aussi découverts. Dans une de ces salles on a trouvé le squelette d'un prêtre et de deux enfants. M. Hakobyan nous explique: «Un des prêtres inhumés est de grande taille – 1,90 m. Il a été enterré de côté. Deux squelettes d'enfants se faisant face sont près de lui. Ces enfants étaient probablement esclaves de ce temple où ils ont été sacrifiés.» Selon M. Hakobyan, c'est la première fois que d'anciens autels de sacrifices font l'objet d'études en Arménie: «Il existait à cette époque deux types d'autels. Les victimes étaient mises à mort sur l'un – on a aussi trouvé un objet en forme de hache – et on pratiquait les offrandes sur l'autre. Il existe de petites fontaines à l'entrée des édifices réservées aux prêtres qui se lavaient les mains avant le rituel. D'ailleurs ce rituel exigeait qu'ils se rasent aussi la tête. Nous avons trouvé une lame de fer aiguisée à Hoghmik.» Auprès des autels se trouvent des trous ronds destinés à attacher les animaux avant le sacrifice. Notre historien précise: “Au temps du paganisme les gens emplissaient des vases avec un mélange de sang animal, de lait et de semence, et les jetaient ensuite à la rivière. Ils nourrissaient ainsi leurs dieux afin d'obtenir leurs faveurs. Les dieux du paganisme étaient très jaloux et exigeants.” Selon lui les temples de Hoghmik desservaient six villages situés à six kilomètres des rives du fleuve.
Ce complexe est composé de trois strates qui montrent des signes évidents de reconstruction. Il a été actif jusqu'au 3e ou 4e siècle avant J.-C. Après l'adoption du christianisme, ces temples ne furent pas détruits mais tombèrent progressivement en désuétude. Les fouilles nous permettent de voir comment. M. Hakobyan nous explique: «Le processus est très intéressant. Après avoir sacrifié, les gens refermaient la salle et se rendaient dans un autre lieu. Ainsi, au bout d'un certain temps, toutes les salles de ce complexe se sont trouvées désaffectées. Ce phénomène nous rappelle la Rome antique. Dès que le christianisme se substitua au paganisme sous le règne de Constantin le Grand, les prêtres refermèrent les temples dédiés à Mythra en pleurant et en espérant qu'un jour Mythra reviendrait. Cette idée est aussi présente dans l'épopée de notre David de Sassoun, lorsque chacun s'afffligeait de voir que Mythra-Mher s'était transformé en rocher en espérant son retour.» Il existe peu de recherches scientifiques sur les monuments depuis la période ourartéenne jusqu'au Moyen Âge. Les fouilles de cette année à Hoghmik ont mis au jour quatre monuments tout à fait inédits pour les spécialistes. Chaque autel a une hauteur de 104 centimètres et chaque porte est large de 83 centimètres. M. Hakobyan en déduit: “L'architecte avait un projet préparé d'avance. D'après les fouilles il est évident que l'objet principal du culte dans le complexe de Hoghmik était le soleil. Ces temples nous donnent l'opportunité de découvrir à quoi ressemblait un temple, quelle était son organisation, quels rites y étaient pratiqués, quelle classe sociale composaient les prêtres, sa composition, etc.» De Hoghmik aux coupoles des églises arméniennesM. Hakobyan est persuadé que ces fouilles vont révéler ce qui est arrivé lors de la période hellénistique – savoir enfin s'il s'agit d'une synthèse des cultures arménienne et grecque, ou bien si les Arméniens se sont approprié purement et simplement l'héritage grec: «Hoghmik est bien l'illustration qu'à l'époque hellénistique nous avons affaire à un héritage culturel strictement oriental. L'architecture d'Hoghmik est bien plus proche des Ourartéens que de l'architecture grecque. Lorsque nous analysons les débuts de notre architecture chrétienne, nous essayons de comprendre quelles sont ses origines. Le complexe de Hoghmik démontre que les fondements de notre architecture sont originaires d'Arménie.» Selon notre historien, un des traits caractéristiques du complexe de Hoghmik est que tous les toits des temples sont plats, mais que celui du temple central est en forme de dôme. Et c'est là l'origine des coupoles de nos églises d'Arménie. Victoria Abrahamyan |
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